François Traoré – La fibre résistante du coton africain

Pour la deuxième saison consécutive, la firme américaine Victoria Secret fera fabriquer sa gamme de lingerie « bio » avec du coton burkinabé. Les discussions sont en cours et les cultivateurs espèrent bien dépasser les 600 tonnes négociées l’an passé. Un contrat en or blanc : chaque kilo est payé plus de 300 francs cfa (50 centimes d’euros), deux fois plus que le coton conventionnel. Patron de l’Union nationale des producteurs (UNPCB), François Traoré, 56 ans, est le grand artisan de cette réussite. Depuis 2001, il est aussi le leader de la fronde africaine face au scandale des subventions accordées par certains pays , Etats-Unis en tête, à leu paysans. Des primes contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Résultats, l’offre dépasse la demande et les cours dramatiquement bas appauvrissent les agriculteurs sahéliens. Heureusement ces derniers mois, la tendance s’est inversée et le coton est remonté aux alentours de 70 cents la livre à la bourse de New York.

Face à cette concurrence déloyale, François Traoré saisit toutes les opportunités pour sensibiliser l’opinion publique internationale à son combat. De Cancun à Hong Kong, il explique sans relâche les conséquences des politiques agricoles des pays riches. Fin avril, celui qui a été élu en 2005 président de l’Association des producteurs africains (Aproca) était de passage à Paris pour une conférence au Sénat. Vêtu de son immanquable boubou 100 % coton, l’homme au physique de lutteur incarne la résistance du continent noir. A la tribune, comme à son habitude, il s’est exprimé sans note, nullement impressionné par le parterre d’auditeurs encravatés. Une sérénité construite dans l’adversité, étape après étape, comme on tisse un vêtement qui devra résister aux outrages du temps. Peut être pourrait-il perdre son calme si vous lui dite qu’à voyager sans cesse, il n’est plus vraiment paysan ?

A 15 ans, François Traoré a quitté l’école malgré lui pour prendre la suite de son père atteint de la cécité des rivières. « Sans moi, ils (sa famille, ndlr) seraient morts », lâche t-il. Dans les champs d’arachide de la région de Kaolack (Sénégal) où ont émigré ses parents, l’adolescent courbe l’échine pour 100 francs cfa (15 centimes d’euro) par jour. De ce destin forcé, sont nés un sens des responsabilités et une détermination extrêmes. « Je ne pouvais pas imaginer cultiver pour seulement manger », explique t-il pour justifier son parcours. En deux ans, l’entreprenant Traoré amasse suffisamment d’argent pour rapatrier les siens au Burkina Faso.

De retour au pays, les récoltes sont décevantes. Après un court exil en Côte d’Ivoire, l’éternel insatisfait se lance dans le coton en 1979. Il s’installe un an plus tard dans la province du Solenzo, à proximité de la frontière malienne. Bingo ! Sa réussite attire l’attention. Ses voisins, parce qu’il sait lire et écrire, lui proposent d’intégrer l’association paysanne en tant que secrétaire général. Un choix judicieux. La recette Traoré fonctionne à plein. Le groupement fait des bénéfices, au point de financer seul la construction d’une école communale. Une immense fierté pour celui qui n’a pas dépassé le certificat d’étude.

De son engagement, le chef du coton africain en parle sans emphase. « Mon idée n’a jamais été de faire du syndicalisme, précise t-il. Dans le premier groupement, je n’avais pas le choix. J’avais mes intérêts à défendre et les gens ont vu en moi un esprit social. J’ai toujours voulu être utile ». Remarqué au plan local, François Traoré grimpe un à un les échelons. D’abord élu au niveau départemental, il prend les rênes de l’Unpcb en 1998 et obtient que les producteurs deviennent actionnaires de la société cotonnière nationale.

Ses succès, ce leader né les doit avant tout à une tête bien faite. Un mélange de curiosité, d’intuition, d’ambition et surtout la certitude qu’il ne faut jamais tourner le dos à la modernité. A ses débuts, il opte pour la traction animale contre l’avis de son père. Puis agacé par la mauvaise commercialisation de l’arachide au Burkina, il mise tout sur le coton. Dans les années 1980, il est aussi un des premiers a utiliser un tracteur avec succès. Sur le continent, sa réussite est un exemple. Ouvrier agricole à 16 ans, il est devenu un propriétaire terrien respecté. En patriarche, il règne sur plus de 100 hectares et possède au moins 200 têtes de bétail. Une ferme aujourd’hui gérée par ses enfants.

Désormais, notre homme lorgne du côté des OGM. Au mois de juin, les cotonculteurs du « pays des hommes intègres » ont planté 15 000 hectares de semences génétiquement modifiées pour résister aux parasites. Les réticences européennes, il les balaie d’un revers de main. « J’ai séjourné au Texas dans une ferme bio, il y avait un producteur OGM à quatre kilomètres », rapporte t-il pour illustrer sa confiance dans la technique. Le risque de dépendance vis à vis du semencier Monsento ne l’inquiète pas davantage. « Parce que vous voulez qu’on garde les anciennes (dépendances, ndlr). Les pesticides qu’on achetait avant venaient d’Europe. C’est à nous de calculer ce que l’on gagne », justifie t-il.

L’autre actualité de François Traoré s’appelle l’université du coton. En partenariat avec l’école française HEC, l’ONG Farm et la faculté de Bobo-Dioulasso, il va inaugurer fin 2008 des formations destinées aux professionnels de la filière. Partout où il a séjourné, l’émissaire des producteurs africains avoue avoir appris par « la vue ». Il en est persuadé, pour améliorer leur sort, ses pairs doivent sans cesse remettre leur ouvrage sur le métier et intégrer les nouvelles pratiques. « En Inde, en Australie, au Brésil, les rendements sont encore supérieurs aux nôtres » commente t-il.

Pour décoller, François Traoré sait aussi que le secteur a besoin du soutien des politiques. « Quand nos enfants ne trouvent pas leur compte dans nos champs, ils vont vers les villes et des villes vers l’Europe, qui dit, vous ne rentrez pas ici. Pourquoi nos dirigeants continueraient-ils à dire des « oui-oui » à n’importe qui (les pays riches, ndlr) ? Il faut désormais qu’ils décident avec nous de nos outils de développement », assène t-il. Son message est clair : « L’Afrique a dormi pendant longtemps. Elle ne doit plus somnoler de peur de dis

Publicités

One Response to François Traoré – La fibre résistante du coton africain

  1. Nocciolo dit :

    Excellent article, cordiales salutations.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :