François Traoré – La fibre résistante du coton africain

22 mai 2008

Pour la deuxième saison consécutive, la firme américaine Victoria Secret fera fabriquer sa gamme de lingerie « bio » avec du coton burkinabé. Les discussions sont en cours et les cultivateurs espèrent bien dépasser les 600 tonnes négociées l’an passé. Un contrat en or blanc : chaque kilo est payé plus de 300 francs cfa (50 centimes d’euros), deux fois plus que le coton conventionnel. Patron de l’Union nationale des producteurs (UNPCB), François Traoré, 56 ans, est le grand artisan de cette réussite. Depuis 2001, il est aussi le leader de la fronde africaine face au scandale des subventions accordées par certains pays , Etats-Unis en tête, à leu paysans. Des primes contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Résultats, l’offre dépasse la demande et les cours dramatiquement bas appauvrissent les agriculteurs sahéliens. Heureusement ces derniers mois, la tendance s’est inversée et le coton est remonté aux alentours de 70 cents la livre à la bourse de New York.

Face à cette concurrence déloyale, François Traoré saisit toutes les opportunités pour sensibiliser l’opinion publique internationale à son combat. De Cancun à Hong Kong, il explique sans relâche les conséquences des politiques agricoles des pays riches. Fin avril, celui qui a été élu en 2005 président de l’Association des producteurs africains (Aproca) était de passage à Paris pour une conférence au Sénat. Vêtu de son immanquable boubou 100 % coton, l’homme au physique de lutteur incarne la résistance du continent noir. A la tribune, comme à son habitude, il s’est exprimé sans note, nullement impressionné par le parterre d’auditeurs encravatés. Une sérénité construite dans l’adversité, étape après étape, comme on tisse un vêtement qui devra résister aux outrages du temps. Peut être pourrait-il perdre son calme si vous lui dite qu’à voyager sans cesse, il n’est plus vraiment paysan ?

A 15 ans, François Traoré a quitté l’école malgré lui pour prendre la suite de son père atteint de la cécité des rivières. « Sans moi, ils (sa famille, ndlr) seraient morts », lâche t-il. Dans les champs d’arachide de la région de Kaolack (Sénégal) où ont émigré ses parents, l’adolescent courbe l’échine pour 100 francs cfa (15 centimes d’euro) par jour. De ce destin forcé, sont nés un sens des responsabilités et une détermination extrêmes. « Je ne pouvais pas imaginer cultiver pour seulement manger », explique t-il pour justifier son parcours. En deux ans, l’entreprenant Traoré amasse suffisamment d’argent pour rapatrier les siens au Burkina Faso. Lire la suite »